Dans les années 90, l’élan de vitalité est fauché. Cyril (Victor Belmondo), Sammy (Théo Christine) et Emma (Lou Lampros) sont les trois angles d’une romance triangulaire. Emma aime Sammy qui aime Cyril qui l’aime aussi. C’était sans compter sur l’intervention du sida, qui agit comme une chape de plomb dans ce paysage libertin.
Vivre, Mourir, Renaître fait preuve d’une sincérité frappante en n’omettant aucune étape de la séropositivité naissante au sein d’un foyer. Avant d’aborder la maladie, les phases fondamentales s’introduisent : les examens médicaux, l’annonce de la maladie, la contamination, la trahison, le dégoût, la colère, puis la résignation. Tout s’enchevêtre dans un réalisme logique en voie de disparition dans le paysage cinématographique.
Gaël Morel tisse un récit gracieux, entre les toits de Paris et les paysages de Sorrente – une sorte de Brokeback Mountain à la française, où l’intolérance est remplacée par le sentiment d’impuissance. Celle-ci s’anime différemment au sein du trio. Cyril est magnétique. Son élégance se lie à sa dévotion infaillible, envers Sammy, Emma et Nathan. La fidélité du personnage se conjugue au toucher – la caresse, le porté, le baiser sur le front. Le soutien moral induit le soutien physique étant nécessaire à l’évanouissement corporel de Sammy, condamné à assister à sa propre déliquescence. Son tonus dégringole sous les yeux de tous, son énergie flamboyante se dérobe. La course décomplexée, clin d’œil à Mauvais Sang (1986) de Léo Carax, n’est plus qu’un lointain souvenir. Les paroles de Modern Love (David Bowie) prennent tout leurs sens.

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Emma, aussi jeune soit-elle, est d’une maturité bluffante. Une qualité qui l’encourage à ne pas s’immiscer dans la nouvelle romance de son conjoint. Son personnage convoque l’élémentarité de l’amour sain, dénué de toxicité – assez rare de nos jours. Aimer quelqu’un ce n’est pas le garder pour soi, c’est vouloir son bonheur, même lorsqu’il réside ailleurs. Le regard de Lou Lampros en dit long, ce qui lui permet de s’exempter de dialogues – une qualité rare.
L’intrigue nous laisse une empreinte de doux vertige entre liberté et condamnation. Le tango amoureux effervescent ne laisse pas le premier rôle au sida, mais plutôt aux remarquables ressources des uns et des autres. Au cœur de cette débâcle de pétulance, l’amour est le seul combustible vers la renaissance. Nathan, l’enfant de Sammy et Emma, symbolise l’espoir d’un avenir meilleur, auquel les trois personnages s’accrochent avec ardeur.
Vivre, Renaître, Mourir de Gaël Morel est en salles depuis le 25 septembre 2024. Le long-métrage est disponible en VOD sur Arte Boutique. Voici la bande-annonce :
