Babygirl : Se boit comme du petit lait

© Constantin Film / Niko Tavernise

Halina Reij, cinéaste néerlandaise met une nouvelle pièce dans la sulfureuse machine du thriller érotique. En 2020, elle signe Instinct : Liaison Interdite, où une psychologue en milieu carcéral cède à la tentation d’Idris, un délinquant sexuel violent qui sait user de ses charmes. Ainsi, la frontière de l’interdit semble inspirer la réalisatrice, qui cette fois-ci rassemble un casting cinq étoiles : Nicole Kidman, Antonio Banderas et l’irrésistible Harris Dickinson (Sans Filtre, Iron Claw).

MÉTRO, BOULOT, VIBRO

Babygirl s’inspire des désirs féminins inavoués, inassouvis et par relation de cause à effets, des désirs contrariés. L’intrigue se penche sur Romy, une quinquagénaire à la tête d’une grande entreprise new yorkaise, mais aussi à la tête d’une tribu sur laquelle elle garde un œil attentif. Avec autant de responsabilités sur les épaules, Romy peine à trouver un sas de décompression. La matriarche est confrontée à une lassitude sexuelle culpabilisante, ce qui l’encourage à consommer secrètement de la pornographie. Babygirl a le mérite d’aborder les fluctuations sexuelles des femmes mûres. Loin des tourments stéréotypés comme la ménopause, la libido de Romy la pousse à envisager des fantasmes subversifs.

L’arrivée de Samuel le nouveau stagiaire, va révéler les tentations irrépressibles de la working woman. Le jeune homme cultive une attitude insolente. Sans sourciller, il immisce le doute chez sa supérieur hiérarchique, qui a pour habitude de garder le contrôle. Le drame de Romy est que la seule maîtrise dont elle se défait va avoir des répercussions décisives sur sa vie.

© Constantin Film / Niko Tavernise

Dominant et Dominée

Le building new yorkais fait office de dôme où les stimuli flirtent avec la ligne rouge. La tension rappelle Harcèlement (1994) – à l’aune du virage #MeToo, on serait tenté de croire que Babygirl emprunterait cette direction, à base d’abus de pouvoir et de chantage sexuelle. Que Nenni ! Les deux protagonistes lâchent les rênes et se laissent aller à des contrées fantasmatiques et extravagantes (avec consentements). Sans vulgarité, les corps s’articulent gracieusement dans l’objectif de provoquer des réactions vouées à acheminer vers une dépendance destructrice. Le sex appeal des acteurs ne faisant aucun doute, la malignité de cet alliage rappelle alors un classique, 9 Semaines ½ (1986) d’Adrian Lyne, où la figure masculine jouit doublement : pour l’emprise physique et l’ascendance psychique imposées. La dépendance affective étant connue de toutes et tous, n’évince aucunement le cauchemar qu’induit la dépendance sexuelle, elle aussi ravageuse. Babygirl dissèque subtilement les penchants pervers d’une femme – des penchants souvent réservés aux hommes comme immortalise Stanley Kubrick dans Shining (1977) :

© Warner Bros

Le jeu de dupes embaume le foyer de Romy d’une toxicité qui rendra compte du caractère infiniment vicieux de la liaison. Samuel susurre « Good girl. » au creux de l’oreille de sa patronne, ce qui concrétise une soumission récompensée par l’appréciation, mais n’évince en rien l’état l’enragement. Le long métrage rend hommage au jeu de Nicole Kidman, qui sublime parfaitement cet état d’insupportable vulnérabilité, qui lui a valu le prix de la Meilleure Actrice à la Mostra de Venise. Bien que la mâchoire de l’actrice semble avoir subit un changement esthétique, son charme cristallin induit une docilité exploitée par Samuel qui l’a dompte avec doigté. Romy se retrouve à quatre pattes, à l’image de la douce Duchesse des Aristochats, elle lape sagement son petit lait.

Babygirl est en salles depuis le 15 janvier 2025. Voici la bande-annonce :